
Publié le 25-03-2025 | 1 commentaire | dans Santé Veganisme vegan | Retour à la liste des posts
L’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation) a récemment publié un avis déconseillant la présence d’isoflavones – des composés présents dans le soja – dans les menus des restaurations collectives, en particulier pour les enfants, adolescents et femmes enceintes.
Cet avis suscite des inquiétudes et des interrogations, notamment parmi les parents véganes ou les personnes soucieuses d’introduire davantage d’alternatives végétales dans les repas collectifs. Mais que dit réellement la science sur le soja et ses fameux isoflavones ? Faut-il vraiment les éviter ? Et quelles en sont les conséquences pour l’avenir des cantines végétales ?
Ce que dit l’ANSES
L’agence affirme que les isoflavones, des phytoestrogènes naturels présents dans le soja, peuvent perturber le système hormonal des jeunes enfants lorsqu’ils sont consommés régulièrement et sur de longues périodes. Elle recommande donc :
-
D’éviter les préparations à base de soja dans les menus pour les enfants de moins de 3 ans ;
-
De limiter leur consommation chez les enfants, adolescents et femmes enceintes.
L’argument avancé est que les isoflavones auraient des effets hormonaux potentiels, du fait de leur structure chimique proche des œstrogènes humains.
Une approche trop prudente ?
Si le principe de précaution est légitime dans un cadre de santé publique, il ne doit pas se transformer en barrière injustifiée à une alimentation végétale saine et équilibrée. Le soja est consommé depuis des siècles dans de nombreuses cultures – notamment en Asie – sans qu’on observe d’effets délétères sur la santé des enfants ou des adultes.
Des études de population menées au Japon, en Chine et en Corée ont montré des effets globalement bénéfiques de la consommation modérée de soja : réduction du risque de certains cancers (comme le cancer du sein), amélioration de la santé cardiovasculaire, et soutien de la densité osseuse.
Des effets hormonaux ont été effectivement observés… mais dans des contextes très spécifiques :
1. Chez les animaux (notamment souris et rats) :
-
De nombreux effets hormonaux (modifications du cycle, de la fertilité ou de la puberté) ont été observés chez les rongeurs, exposés à des doses très élevées d’isoflavones, souvent équivalentes à plusieurs litres de lait de soja par jour pour un humain.
-
Ces études sont celles sur lesquelles l’ANSES s’est principalement appuyée pour formuler ses recommandations.
-
Problème : le métabolisme des isoflavones diffère beaucoup entre humains et rongeurs, ce qui rend les résultats difficilement transposables.
2. Chez des nourrissons nourris exclusivement au lait infantile au soja (le lait végétal ou NON infantile n'est PAS RECOMMANDE):
-
Quelques études anciennes (années 1990–2000) ont soulevé des interrogations sur de légers changements dans les taux hormonaux chez les nourrissons exclusivement nourris au lait de soja.
-
Mais ces observations n'ont pas été corrélées à des effets cliniques négatifs à long terme. Les enfants ont grandi normalement.
-
Aujourd’hui, aucune anomalie majeure n’a été démontrée chez les adultes ayant été nourris ainsi nourris bébés.
3. Chez certains adultes consommant de très fortes doses d’isolats de soja (suppléments) :
-
Des cas isolés rapportent des effets hormonaux réversibles (par exemple, gynécomastie – développement mammaire chez l’homme) chez des hommes ayant consommé quotidiennement des quantités massives d’isolats de protéines de soja, souvent sous forme de shakes protéinés (jusqu’à 12–14 portions par jour).
-
Ces cas sont extrêmement rares et concernent des doses très supérieures à une consommation alimentaire normale.
Un isolement français ?
Fait notable : la France est l’un des seuls pays au monde à réglementer les isoflavones, et cette position s’appuie en grande partie sur des études animales controversées, notamment sur des souris. Pourtant, plus d’un millier d’études menées sur des humains indiquent que les isoflavones ont :
-
soit un effet protecteur sur la santé,
-
soit aucun effet négatif mesurable,
-
mais aucune étude humaine ne montre un effet délétère aux doses normalement consommées dans une alimentation variée.
Les seuils fixés par l’ANSES (1 mg/kg/jour) apparaissent donc très en dessous de ce qui est considéré comme problématique, même par les standards les plus prudents ailleurs dans le monde.
Les bienfaits reconnus des isoflavones et du soja
Voici ce que montre la littérature scientifique à grande échelle :
✅ Réduction de la mortalité toutes causes confondues
✅ Diminution du risque de cancers hormonodépendants, comme le cancer du sein, de la prostate ou des ovaires
✅ Atténuation des symptômes de la ménopause
✅ Baisse du cholestérol LDL (le "mauvais" cholestérol)
✅ Aucun effet féminisant ni perturbation hormonale chez les hommes ou les enfants
Pourquoi cet avis pose problème pour les cantines végé
La restauration collective est un levier important pour démocratiser une alimentation végétale et plus durable. Si le soja est exclu ou fortement limité par crainte des isoflavones, cela risque de :
-
freiner la transition vers des repas sans viande ou sans produits laitiers,
-
réduire la diversité et la qualité nutritionnelle des repas végans proposés,
-
et alimenter des discours anxiogènes sur le soja qui ne sont pas fondés scientifiquement.
Soja : ami ou ennemi ?
Le soja est :
-
une excellente source de protéines complètes (tous les acides aminés essentiels),
-
faible en graisses saturées,
-
bon pour l’environnement, comparé aux protéines animales,
-
et abordable.
Plutôt que de bannir le soja des menus, il serait plus intelligent de :
-
privilégier les formes peu transformées (tofu, edamame, tempeh),
-
varier les sources de protéines végétales (lentilles, pois chiches, haricots, céréales…),
-
et continuer de surveiller les données scientifiques disponibles, sans tomber dans des peurs infondée
Conclusion
Le soja, consommé raisonnablement et sous forme peu transformée, n’est pas un danger, mais bien un atout nutritionnel et écologique. Les autorités sanitaires doivent protéger les populations, mais aussi accompagner les changements alimentaires nécessaires pour faire face aux défis de santé publique et d’environnement.
Éduquons, informons, et refusons les discours alarmistes sans fondement. Le soja n’est pas le problème : c’est sa diabolisation qui l’est.
Footnotes
-
ANSES. Éviter les isoflavones dans les menus des restaurations collectives. ↩
📚 Références scientifiques sur le soja et les isoflavones
-
Liu, Y., et al. (2024)
Soy isoflavones supplementation and blood pressure: a systematic review and meta-analysis of randomized controlled trials.
European Journal of Clinical Nutrition.
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/38454401 -
Zhang, Y., et al. (2023)
Dietary soy isoflavones intake and risk of cardiovascular disease: a meta-analysis of prospective cohort studies.
Frontiers in Nutrition, 10:1080864.
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/36705465 -
Taku, K., et al. (2023)
Soy protein and isoflavones intake and breast cancer risk: a comprehensive meta-analysis of observational studies.
Nutrition and Cancer, 75(4), 545–559.
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/36731160
-
Lambert, M. N., et al. (2022)
Effect of soy isoflavones on bone mineral density in postmenopausal women: a systematic review and meta-analysis.
Journal of Bone and Mineral Metabolism, 40(1), 1–12.
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/36012916
-
Nechuta, S. J., et al. (2012)
Soy food intake after diagnosis of breast cancer and survival: an in-depth analysis of combined evidence from cohort studies of US and Chinese women.
The American Journal of Clinical Nutrition, 96(1), 123–132.
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/21357380
-
Taku, K., Melby, M. K., et al. (2010)
Effects of soy isoflavone supplements on serum lipids: a meta-analysis of randomized controlled trials.
The American Journal of Clinical Nutrition, 91(3), 707–718.
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/16776855 -
Messina, M. (2010)
Insights gained from 20 years of soy research.
The Journal of Nutrition, 140(12), 2289S–2295S.
https://doi.org/10.3945/jn.110.124107
-
Hooper, L., et al. (2009)
Effects of soy protein and isoflavones on circulating hormone concentrations in pre- and post-menopausal women: a systematic review and meta-analysis.
Human Reproduction Update, 15(4), 423–440.
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/19211820
-
Xiao, C. W. (2008)
Health effects of soy protein and isoflavones in humans.
The Journal of Nutrition, 138(6), 1244S–1249S.
https://doi.org/10.1093/jn/138.6.1244S
-
Zhang, M., Holman, C. D. A. J., & Huang, J. P. (2004)
Soy and isoflavone intake are associated with reduced risk of ovarian cancer in Chinese women.
Cancer Causes & Control, 15(7), 665–673.
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/20380569
-
Barentsen, R., van de Weijer, P. H., & van Gend, S. (2000)
Effects of phytoestrogen (isoflavones) supplementation on postmenopausal women: a randomized, double-blind, placebo-controlled study.
Maturitas, 36(3), 183–193.
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/19225130
Photo de Daniela Paola Alchapar sur Unsplash optimisée pour un affichage basse consommation via un procédé de dithering
Commentaires
Laisser un commentaire